Lundi 05 Février 2007
On l’attendait sur un registre auquel il nous a habitués, notamment par ses formules qui ont toujours fait mouche, Saïd Sadi emprunte cette fois-ci une démarche plus pédagogique et surtout débarrassée des “digressions” qui peuvent occulter l’essentiel : la gravité de la situation que traverse l’Algérie. Le style a changé. Pas les convictions de l’homme.


Le Soir : Le RCD est à la veille de son troisième congrès ordinaire. Dans quel contexte se présente cet évènement ?
Saïd Sadi :
Permettez-moi de souligner d’abord que ce congrès est le premier évènement d’importance qui réhabilite le pluralisme politique depuis avril 2004. Cette manifestation a été rendue possible par la jonction d’un dévouement militant exemplaire avec une solidarité citoyenne qui confirme la générosité de notre peuple quand il fait confiance. Ce sont ces valeurs que nous voulons amplifier lors de notre rendez-vous pour préfigurer l’Algérie de demain. Pour le reste, le bilan est là : corruption généralisée, retour du terrorisme qui fait le lien avec la délinquance sur fond de misère sociale, justice privatisée, népotisme, recul des libertés… les fondamentaux de l’Etat sont ébranlés. Quand un régime n’arrive même pas à assurer la régularité du Conseil des ministres, il est facile de comprendre dans quelles conditions a dû activer l’opposition démocratique. Paralysie des institutions, étouffement de toute contestation sont les deux termes de l’équation politique nationale. Mais en dépit de cette régression, je peux vous affirmer que les militants du RCD n’ont jamais renoncé. Il est vrai que la constance organique et la communication de proximité ne sont pas toujours visibles. C’est pourtant grâce à ce travail humble et quotidien que la tétanisation de l’après-2004 a pu être dépassée. On ne devinera jamais l’impact d’une rencontre avec les citoyens dans un village ou un quartier dans ces moments de désespoir.


On a l’impression que les contraintes qui pèsent sur la nation n’ont pas particulièrement éprouvé le RCD...
Oh que si ! Les cinq dernières années sont les plus dures de notre parcours de militants de la démocratie : enlèvements, tortures, sanctions professionnelles, cabale judiciaire, obstructions illégales à nos activités.. rien ne nous a été épargné. Ce que je voulais dire, c’est que malgré ces abus, les Algériens ont toujours répondu présent à chaque fois que nous avons montré disponibilité et écoute. J’en profite pour saluer, une fois de plus, les citoyens, toutes catégories sociales confondues, qui ont permis par leurs contributions financières la tenue de ce congrès.

Pourtant, d’aucuns ont pu dire que l’opposition démocratique en général et le RCD en particulier ont disparu...
Je le sais. C’était l’objectif majeur de la censure et de la désinformation. On a même voulu nous culpabiliser de ce manque de visibilité. Pour l’anecdote, j’ai été interpellé par des citoyens qui me reprochaient de ne pas passer à la télé ! L’expérience de la clandestinité nous a permis de traverser cette épreuve sans trop de dommages pour nos structures. Les 8 et 9 février, les 48 wilayas et l’émigration seront représentées par plus de 2 000 congressistes dont des centaines de jeunes et de femmes qui occuperont deux jours durant la coupole du 5-Juillet. Notre activité sur la scène internationale, grâce notamment à notre engagement auprès de l’émigration, connaît un important écho chez les partenaires et les observateurs attentifs à la scène algérienne ; les principaux partis de la Méditerranée occidentale seront parmi nous. Des personnalités également. Vous voyez, qu’il s’agisse de nos concitoyens ou de nos amis étrangers, il n’y a pas que le pétrole qui peut construire le crédit de l’Algérie de demain. Trois formations marocaines (MP, PPS, USFP), faisant partie du gouvernement actuel y participeront. Il en est de même du RCD tunisien. L’Italie sera aussi présente avec la principale formation de la coalition gouvernementale : DS (Démocratie de gauche). La classe politique française sera largement représentée par l’UDF, l’UMP et le PCF.

Je ne vous ai pas entendu citer le PS français parmi les formations politiques étrangères invitées.
J’ai les meilleurs rapports personnels avec les dirigeants du PS. Je vois François Hollande, Laurent Fabius, Claude Estier et d’autres. Bertrand Delanoë est un ami personnel. Mais le PS ne sera pas présent à notre congrès pour la simple raison que nous ne nous invitons pas en tant que partis, pour cause de divergences portant sur l’appréciation de la crise algérienne. Le renouvellement des dirigeants du Parti socialiste français laisse augurer d’une redéfinition de la politique extérieure de ce parti sur l’Algérie.

Toujours et à propos de votre congrès, on a noté que le slogan était : «Ensemble pour l’Algérie de demain». D’où vient ce soudain souci du consensus ?
Quand il a fallu prendre ses responsabilités face à l’effondrement qui menaçait la nation, nous n’avons pas hésité. Mais aucun Algérien digne de ce nom ne peut se féliciter de l’élimination ou même de la marginalisation de son compatriote. Aujourd’hui, il s’agit de fédérer tous ceux qui assument et respectent les règles de l’Etat de droit. La résistance citoyenne n’avait pas vocation à consacrer la victoire d’une partie de la population sur une autre. Son mérite est d’avoir sauvé la nation. Cependant, je suis sûr qu’une fois les urgences sociales et politiques satisfaites, il faudra obligatoirement se pencher sur les tenants et les aboutissants de la crise qui a déchiré notre pays. Dans la lucidité et la responsabilité. C’est dire que le plébiscite de l’automne 2005 qui a prétendu occulter les causes et les conséquences d’un drame historique n’a rien réglé. Mais aujourd’hui, instruits que nous sommes par cette épreuve, nous devons regarder vers l’avant. Le peuple algérien veut maintenant deux choses : sortir sereinement du régime actuel et construire ensemble l’Algérie de demain.

Concrètement, comment cela peut-il se faire ?
Ce sont des questions auxquelles les congressistes auront à répondre. Mais globalement, il faut en finir avec la fraude électorale si on veut redonner espoir au citoyen et crédibilité aux institutions. Ensuite, nous devons répondre à l’urgence de la situation sociale qui peut aggraver l’insécurité. Enfin, un état des lieux doit être fait. Sans polémique ni complaisance. Les ressources de la nation doivent être réévaluées et affectées selon les priorités d’une vision réformatrice nécessairement consensuelle pour mettre un terme aux effets dévastateurs de l’improvisation. On parle beaucoup des méfaits de la corruption mais on a tendance à oublier les dégâts de l’incompétence et du gaspillage. Une fois ces actions engagées, un chantier nous attend : la refondation de l’Etat. L’Algérie ne peut échapper à la mise en place d’un modèle institutionnel compatible avec son histoire et sa sociologie. La régionalisation est incontournable si on veut éradiquer le régionalisme qui gangrène les institutions et mine la cohésion nationale. Cette adaptation de l’Etat transcende les intérêts partisans. La démocratie de proximité est aujourd’hui, de par le monde, le meilleur rempart contre les abus d’autorité et la corruption.

Justement, parlons de corruption. L’affaire Khalifa est devant la justice et les spéculations vont bon train. Que pouvez- vous dire sur ce dossier ?
J’observe que jusqu’à présent pas un ministre n’a démissionné devant un tel scandale. Sur le plan judiciaire, un arrêt de renvoi a plombé le dossier en fermant tout accès aux commanditaires et principaux bénéficiaires. Une liste de plusieurs dizaines de noms appartenant aux familles de dirigeants de premier plan circule dans les chancelleries et les rédactions. On y trouve les numéros de cartes de crédit et les montants des retraits gracieusement octroyés par le groupe Khalifa. Pas un de ces “heureux” élus n’a été convoqué. Du point de vue de l’intérêt économique bien compris du pays, ce dossier pouvait trouver un autre traitement. L’Etat aurait pu récupérer ce qui pouvait l’être, sauver des emplois et restructurer le groupe sans pour autant renoncer à faire justice. Pour l’instant, l’Algérien ignore toujours où sont passées ces sommes faramineuses. C’est quand même la question fondamentale dans ce scandale. Mais malgré l’ampleur du dommage, il ne faut pas que l’affaire Khalifa nous fasse oublier toutes les autres. Des milliards de dinars continuent de se volatiliser dans l’indifférence d’un gouvernement virtuel. Aujourd’hui, la prédation ne choque pas seulement par son immoralité. Elle préoccupe par son volume. Nous sommes face à une entreprise de mutilation de la nation. Il reste que ces affaires n’auront pas été tout à fait été inutiles. On peut espérer qu’à l’avenir, les commis obéiront moins à des injonctions verbales et que les conventions d’extradition signées à tour de bras par l’Algérie aujourd’hui pourront toujours servir dans une justice qui reste à construire. En attendant, le discrédit extérieur de l’Algérie et le divorce Etat-citoyen dépassent tout entendement.

Comment sortir de cette spirale ?
La corruption n’est pas une fatalité même si aujourd’hui elle est devenue un phénomène de société. Mais j’insiste sur la fait qu’en plus de la corruption, il y a le gaspillage généré par la désorganisation et l’incompétence. Quand un chef d’Etat traite son ministre de menteur et de voleur devant la télévision et que ledit ministre continue à siéger au gouvernement, il ne faut pas s’étonner de voir le citoyen chercher à régler ses problèmes par toutes sortes de moyens. Quitte à me redire, la première des choses à faire est d’asseoir la légitimité des institutions. A chaque fois que l’on bourre une urne, on crée la condition pour vider une caisse de l’Etat. Une fois ce préalable assuré, il y a lieu de revaloriser substantiellement le statut moral et matériel des agents de l’Etat et de garantir la transparence et la fonction de suivi et de contrôle du service public. En dehors d’un tel environnement, il est vain de prétendre vouloir engager la moindre réforme.

Pourtant, en matière de réformes, le pouvoir dit en avoir entrepris un certain nombre…
Je ne reviendrai pas sur la litanie du système bancaire dont les derniers scandales hypothèquent dangereusement le devenir des générations futures. L’échec des privatisations est patent. L’improvisation est une constante. L’exemple du secteur de l’énergie est édifiant. On fait voter une loi, particulièrement permissive sur les hydrocarbures, tout en évitant de la promulguer durant deux ans. On la remet en cause sans l’avoir évaluée ni argumenté la nouvelle décision… La jungle de la fiscalité n’est pas en reste. Aucun système de péréquation n’est prévu pour gratifier le civisme du contribuable qui s’acquitte de son devoir. Quand l’Etat se manifeste dans ce domaine, c’est souvent pour des visées politiques. On est défiscalisé ou redressé selon son allégeance ou son autonomie politique. La question du foncier agricole et industriel est toujours en jachère. Il est significatif que l’appareil judiciaire, déjà délétère, souffre d’un tel déficit en magistrats spécialisés en droit économique ! Enfin, chacun sait qu’aucune réforme ne peut aboutir si elle n’est pas inscrite dans une vision globale appuyée sur une stratégie de développement.

Après une crise sanglante, un calme apparent règne en Kabylie. Est-ce le signe d’une amélioration durable ou un simple intermède ?
La situation en Kabylie est intéressante par le fait que cette région est tout à la fois un indicateur anticipé des problèmes nationaux et des véritables options du régime sur le pays. A bien des égards, le pouvoir en a fait un laboratoire. De l’université en passant par tous les services de l’Etat, la corruption et l’allégeance sont les paramètres requis pour structurer une démarche de contre-développement. Mais cet acharnement n’a pas suffi à éteindre l’espoir et l’ambition de la réussite. Les citoyens constatent à travers la gestion des APC du RCD qu’il peut exister une démarche qui restitue le service public au citoyen dans la transparence. Quand des élus sont soigneusement choisis, qu’ils sont suivis et encadrés dans une démarche de développement local réfléchie, la confiance et les résultats sont au rendez-vous. Et quand un élu dérape, la population sait qu’il sera rappelé à l’ordre et, le cas échéant, sanctionné. Le problème se pose quand l’Etat, averti d’une défaillance ou d’une faute, en vient à les tolérer, voire les couvrir parce qu’il faut entretenir tout ce qui peut perturber un parti de l’opposition. Cette instrumentalisation de la corruption par le pouvoir dénoncée en Kabylie touche toutes les régions d’Algérie même elles n’y provoquent pas les mêmes controverses dans les institutions. Autre exemple : pendant que le pouvoir s’échine à brouiller toute forme de représentation citoyenne, les élus du RCD, légitimes pour gérer les affaires de leur cité, se voient illégalement interdits de se constituer en association. On imagine bien que si c’était un parti de la coalition gouvernementale qui avait eu l’idée d’une fédération des élus locaux, comme celle initiée par le RCD, l’administration se serait empressée de la saluer et la promouvoir car elle servirait alors ses clientèles et non les citoyens. Pourtant, le pouvoir a dépensé beaucoup d’argent en Kabylie aussi. Il l’a fait de manière ostentatoire pour casser les ressorts sociaux et culturels qui ont permis à cette région de se construire et d’apporter sa contribution au combat démocratique national. Ce qui fait que ces financements ont eu un effet pervers puisqu’en définitive, ils ont plus affaibli, voire appauvri la région.

Quelles sont les raisons profondes de cet effondrement ?
Les effets de cette politique de contre-développement sont d’autant plus graves que l’émigration qui avait permis à la Kabylie de compenser son déficit économique a changé de nature. Ce sont les jeunes cadres qui partent pour s’installer définitivement dans les pays d’accueil. Naturellement, ces migrations existent dans tout le pays mais en termes de densité, les proportions sont plus élevées pour la Kabylie. Ajoutez à cela le désinvestissement dû à la situation de chaos provoquée et entretenue, et vous avez des villages, comme le mien, où le taux de chômage des jeunes dépasse les 75%. Comme vous le voyez, la Kabylie exprime toujours de façon paroxystique les problèmes de la nation comme elle en préfigure les solutions.

Vous avez déploré, plus haut, le recul général des libertés ces dernières années. Pourquoi et comment en est-on arrivé là ?
Ce recul est l’un des signes les plus inquiétants de la régression algérienne. Pendant les pires années du terrorisme où l’information relevait souvent du domaine sécuritaire, la censure était moins agressive. Pourquoi ce recul ? On a dit que, depuis 2004, la peur tétanise tout le monde. Peut-être, mais la peur du terrorisme n’avait pas entamé le devoir d’informer. Il y a donc autre chose. L’usure, la désorganisation, le désenchantement général n ’ont pas épargné le monde de la presse. Les titres les plus professionnels, dans un tel contexte, ne pouvaient que rétrécir. Et puis, en général, chez nous, quand on parle de presse, on évoque uniquement la presse écrite ; comme si on avait définitivement intégré le fait que les médias audiovisuels relevaient nécessairement du monopole du pouvoir. Il est scandaleux d’entendre un ministre du gouvernement dire que «l’ouverture du champ audiovisuel, en cours chez nos voisins, n’était pas à l’ordre du jour chez nous car ces pays n’ont pas connu de crise aussi grave que la nôtre». Faut-il lui rappeler que ladite crise est précisément le résultat de la gestion du pouvoir qu’il encense. La crise a atteint les sommets de l’horreur à cause de l’étouffement de la libre parole, étant entendu que les semeurs de haine avaient, eux, leurs réseaux de communication. Ce n’est pas la persistance de la confiscation de la télévision algérienne qui résorbera la crise. Depuis, ce même ministre semble revenir à de meilleurs sentiments. Tant mieux ! La télévision algérienne est insipide. Nos concitoyens sont connectés sur les chaînes occidentales ou moyen-orientales. Il y a là un vrai problème de souveraineté nationale. Rien ne s’oppose à l’ouverture du secteur audiovisuel à la libre entreprise. Encore faudrait-il en avoir la volonté politique. Pour le reste, cette activité, comme toutes les autres, doit se conformer à un cahier des charges.

Le pays est à la veille d’échéances législatives. Que pensez-vous de la dernière proposition du chef du gouvernement visant à les coupler avec des élections locales et régionales ?
Une telle opération suppose que l’on écourte le mandat des élus locaux. Dans les faits, cela reviendrait à organiser des élections anticipées. La Constitution ne prévoit ce cas de figure qu’en cas de crise majeure. Or, le pouvoir passe son temps à dire que le pays en est sorti. Ceci pour l’aspect juridique. En vérité, la proposition du chef du gouvernement cache mal une volonté d’amplifier les pratiques antidémocratiques à vocation hégémonique. Il ne s’agit pas de renforcer la fraude électorale en concentrant les votes. Le délabrement de l’administration est tel que toute surcharge ne ferait que rendre plus aléatoire l’organisation et le contrôle d’un scrutin. Les prochaines législatives doivent nous permettre de répondre à une question fondamentale. Sommes-nous face à un blocage historique de l’Etat-nation ou affrontons- nous une crise politique d’une grande gravité. Si la fraude sévit encore cela voudrait dire la voie à toute forme d’évolution consensuelle est bouchée.

La scène internationale continue d’être dominée par la crise du Moyen-Orient. Lassitude ou découragement, beaucoup d’Algériens se demandent si un jour le peuple palestinien peut recouvrer ses droits nationaux ?
La scène proche orientale recouvre l’un des derniers foyers de violence que le monde a hérité des reconfigurations géostratégiques au lendemain de la disparition de l’empire ottoman. A ces raisons historiques qui ont déstructuré toute la région s’ajoutent maintenant deux facteurs ;
- Les Américains, obnubilés par leur sécurité énergétique, privilégient la violence après s’être disqualifiés comme arbitre par leur alignement systématique sur Israël ;
- Le déficit démocratique qui affecte la matrice arabe pèse sévèrement sur le mouvement national palestinien. Cette double contrainte se traduit, aujourd’hui, par une violence inter-palestinienne sans précédent, retardant d’autant une issue en faveur de l’Etat démocratique laïque voulu par les fondateurs de l’OLP. La tragédie actuelle n’est pas sans rappeler le dérapage de l’été 62 qui a mis entre parenthèses le projet de la Soummam. Le désenchantement vécu par les Algériens explique, peut-être, le désarroi qu’ils vivent devant l’impasse de la question palestinienne. Si la communauté internationale n’arrive pas à concevoir et imposer un plan d’action crédible et précis dans ses délais, ses moyens et son contenu, il est malheureusement à redouter que le mouvement national palestinien ne bascule vers l’extrémisme religieux.

La tragédie irakienne, non plus, n’est pas faite pour faciliter l’apaisement au Moyen- Orient…
Oui, nous sommes dans la dialectique du malheur. La question palestinienne a ceci de particulier, c’est qu’elle alimente et se nourrit de toutes les contradictions et déchirements qui agitent les Etats du monde arabomusulman. Bush a cru pouvoir refaire en Irak ce qu’ont fait les USA dans le Japon d’après-guerre. A deux erreurs près, l’empereur du Japon n’était pas vécu comme despote par son peuple mais comme un repère et l’armée américaine de l’époque n’a pas démantelé les institutions nippones. En sous-estimant la complexité de l’équation irakienne, George Bush a ouvert la boîte de Pandore. La mutation de la crise irakienne en guerre civile remet la région dans une situation analogue à celle qui a précédé le traité de Sèvres en 1923. Les répliques du conflit irakien préoccuperont, selon toute vraisemblance, pour longtemps la communauté internationale. Il faut espérer que notre pays saisisse tous ces enjeux pour que son engagement diplomatique soit crédible et efficace.
Le projet maghrébin est retombé dans la léthargie...
J’ai eu à le rappeler, souvent, la réalisation de l’ensemble nord-africain était inscrite dans la perspective historique du mouvement de décolonisation de nos pays respectifs. Il n’y a pas de projet économique viable en dehors de cette matrice. Dans un autre registre, l’Islam nord-africain peut revendiquer un vécu historique, somme toute tolérant, pour peser positivement sur les débats actuels. Est-ce un hasard si ce sont des intellectuels comme le Tunisien Abdelwahab Medheb qui sont aujourd’hui les acteurs les plus crédibles dans les réflexions sur les réformes de l’Islam ? D’un point de vue géostratégique, l’espace nord-africain est la charnière incontournable d’une construction associant le Bassin occidental de la Méditerranée à un ensemble péri-saharien vital pour l’avenir immédiat tant comme réponse au phénomène migratoire que comme périmètre de sécurité et zone de développement. Ces deux anneaux constituent une espèce de “8” géostratégique qui transcende toutes l e s turbulences conjoncturelles.

Un dernier mot sur l’Algérie, il a trait au pôle démocratique. Allez-vous aborder cette question à votre congrès ?
Comme le montre son slogan central “Ensemble pour l’Algérie de demain”, notre congrès ne se veut pas le simple accomplissement d’un parcours partisan propre à notre formation. Nous le concevons comme le début de quelque chose de nouveau, une mise en perspective pour l’Algérie de demain. Le salut de l’Algérie est dans le rassemblement de la mouvance républicaine et démocratique, majoritaire en Algérie. Le RCD est une des parties qui peuvent apporter leur contribution au dépassement d’une crise qui a renié les combats d’hier et hypothéqué les espérances de demain. Personne ne peut prétendre, seul, faire face à un tel désastre. L’humilité s’impose à nous tous. Mais on peut comprendre, en même temps, qu’il est difficile de s’entendre interpellé dans les moments de désarroi et de se voir évacué dès lors qu’il s’agit de décider. Notre congrès est, pour nous, si possible dès les prochaines échéances électorales, l’occasion de réitérer notre disponibilité à aller vers une démarche unitaire et solidaire avec tous les groupes de l’opposition démocratique et toutes les forces patriotiques.
N. B.

le soir d'algerie.
publié par Mouloud Oubekkou dans: rcd-souk-ahras

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