Nos officiels n’en finiront pas de nous surprendre. Après des scrutins qui ont vu le pouvoir actuel dépasser toutes les limites en matière de fraude, voilà le ministre de l’intérieur qui avait, dans un premier temps, salué la désaffection des électeurs comme une réaction citoyenne salvatrice dénoncer, maintenant, ce même désintérêt comme une forme d’incivisme qui, si l’on en croit les rumeurs, expose ses auteurs à une radiation pure et simple des listes électorales.
Passons sur la situation, pour le moins cocasse, où l’on voit une administration scélérate menacer de rétorsion des citoyens qui refusent de participer à une célébration massive et, pourquoi pas, joyeuse du détournement de leur voix. Le propre du stalinisme n’est-il pas, en plus de s’imposer par l’abus, de ne jamais tolérer que l’on oublie de manifester sa soumission voire sa gratitude aux dirigeants bien-aimés.
Le problème - nouveau- est que, dans l’autisme politique qui sévit dans le sérail, on ne prend même plus la peine de faire semblant de respecter les normes que les dirigeants ont eux-mêmes fixées. Jusqu’à preuve du contraire, au regard de la loi algérienne, le vote est libre et nul n’a le droit de décider de quoi que ce soit en fonction de la participation ou l’abstention de l’électeur.
On connaissait les rituels des campagnes de propagande des officines qui précèdent chaque élection où l’on distille des ‘’informations’’ annonçant des sanctions contre les pensionnaires et autres rentiers plus ou moins généreusement arrosés par le pouvoir et qui seraient tentés de ne pas voter mais jamais on n’avait encore osé dire de façon officielle que le citoyen devait, sous peine de perdre un droit civique cardinal, participer, sans rechigner, à l’organisation d’élections de plus en plus grotesques.
Sous d’autres cieux, ce genre de décision qui voit l’incohérence le disputer au burlesque, annonce généralement l’essoufflement de systèmes politiques trop longtemps coupés du réel. La vraie question est de savoir si l’inoxydable régime algérien échappera à cette règle.
Comme pour nous confirmer que, décidément, cet été est dédié à la fantasmagorie politique, voilà l’inénarrable Bélaïd Abdeslam qui réapparaît pour nous expliquer que si on lui avait laissé plus de temps dans son deuxième round il aurait fait mieux qu’au premier où on l’a vu sacrifier une génération de brillants cadres dans une ‘’industrie industrialisante’’ qui laisse en héritage une solide tradition des commissions occultes et un espace économique qui a transformé l’Algérie en gigantesque casse.
Celui qui disait dans un précédent ouvrage que Bouteflika était le pire des agents qui ont contrarié ses augustes visions, avant de se rallier à lui une fois devenu chef d’Etat, nous apprend qu’en fait le socialiste qu’il fut dans les années soixante-dix était un fantôme et que sa véritable conception a toujours été inspirée par l’islamo conservatisme. Parions que si la mode était aujourd’hui au gauchisme, notre inébranlable Bélaïd porterait col Mao et casquette avec foi et conviction. Abdeslam est pathétique : il s’aime et ne doute de rien. Il a beau accumuler les contre-performances, il trouvera toujours des responsables à qui imputer ses échecs. Et c’est vrai que là, on n’est déjà plus dans le champ politique. A des amis qui s’étonnaient de ne pas le voir répondre aux attaques adressées au RCD, Saïd Sadi eut cette réponse : ‘’ce cas ne me concerne pas plus que n’importe quel psychiatre algérien…’’.
Un ministre de l’intérieur sermonnant le peuple qui boude la fraude auquel fait écho un ancien chef du gouvernement outré qu’on ne lui ait pas donné plus longtemps le pays - sa chose- pour se défouler une dernière fois.
Maigre consolation. On n’est pas peut-être pas sorti de l’auberge mais on comprend mieux notre malheur.


